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Burn-out professionnel en France : ce que disent les chiffres

Les données sur le burn-out en France sont fragmentées : ce qu'elles mesurent, ce qu'elles occultent, pourquoi les chiffres ne racontent pas tout.

Lavis d'aquarelle aux tons ambrés et ivoires, forme abstraite aux bords doux

Tu cherches un chiffre. Quelque chose qui dise « tu n’es pas seul·e ». Les données existent. Elles sont partielles. Elles ne racontent pas tout.

Ce que les sources mesurent

L’épuisement professionnel, ou burn-out, n’est pas un diagnostic médical en France. Il n’a pas de code dans la classification internationale des maladies (CIM-11 de l’OMS, 2019). L’OMS le classe comme un « phénomène professionnel », pas comme une condition médicale. Conséquence : il n’y a pas de registre centralisé. Pas de comptage exhaustif. Pas de chiffre unique.

Les données disponibles viennent d’enquêtes par sondage. Elles mesurent des indicateurs de risque, pas des cas confirmés. Ce sont des estimations, pas des diagnostics.

Selon l’INRS (enquête SUMER 2021, portant sur 26 000 salariés), 22 % des salariés présentent un risque élevé de syndrome d’épuisement professionnel. Ce chiffre englobe les trois dimensions du burn-out : épuisement émotionnel, cynisme vis-à-vis du travail, et baisse de l’efficacité professionnelle.

Selon le baromètre Cegos (2024, 2 000 salariés interrogés), 34 % des salariés déclarent être en situation de détresse psychologique au travail. Ce chiffre a augmenté de 8 points en trois ans. Le baromètre pointe aussi un facteur récurrent : le sentiment de ne pas être écouté par la hiérarchie.

Selon la DARES (enquête CT-RPS 2022, portant sur 28 000 actifs en emploi), 12 % des salariés déclarent subir des agissements hostiles de la part de leur hiérarchie. Et 8 % déclarent des agissements hostiles de la part de leurs collègues. Ces deux chiffres ne se recoupent pas toujours : certains salariés cumulent les deux sources.

Tu n’es pas seul·e. Tu n’es pas la seule à ne pas en parler.

Les situations que les chiffres ne captent pas

Le harcèlement non signalé. Les enquêtes mesurent ce que les gens déclarent. Or la majorité des situations de harcèlement ne font l’objet d’aucun signalement. Selon le Défenseur des Droits (rapport annuel 2023), seul un salarié sur cinq en situation de harcèlement moral a effectué un signalement formel. Les autres se taisent. Par peur des représailles. Par honte. Par conviction que ça ne servira à rien.

Les salariés qui ne sont plus là. Les enquêtes interrogent des personnes en emploi. Celles qui ont démissionné, pris une rupture conventionnelle, ou été licenciées ne sont plus dans l’échantillon. Ce sont pourtant souvent les personnes les plus impactées. Le chiffre réel est probablement supérieur au chiffre mesuré.

Les travailleuses et travailleurs précaires. Intérimaires, contrats courts, auto-entrepreneurs. Ces populations sont sous-représentées dans les enquêtes. Elles ont moins accès à la médecine du travail. Elles n’ont pas toujours de CSE. Elles n’ont pas toujours les moyens de se taire et de partir.

L’accumulation invisible. Les enquêtes mesurent des moments. Elles ne mesurent pas la durée. Or l’épuisement se construit dans la répétition, pas dans l’intensité d’un événement unique. Un comportement isolé n’est pas du harcèlement. Un comportement répété pendant des mois, c’est autre chose. Les données ne captent pas cette dimension temporelle.

Pourquoi les chiffres rassurent et limitent à la fois

Un chiffre dit : c’est fréquent. Tu n’es pas un cas isolé. Ce message est nécessaire. Il brise le sentiment de singularité qui entretient le silence.

Mais un chiffre ne dit pas : voici ce que tu dois faire. Il ne remplace pas une conversation avec un professionnel. Il ne qualifie pas ta situation. Il ne dit pas si ce que tu vis est du harcèlement, du management difficile, ou de l’incompétence ordinaire.

Les données sont utiles pour une chose : confirmer que le problème est structurel, pas individuel. Ce n’est pas toi. C’est un système qui produit ces chiffres en série.

Selon le ministère du Travail (rapport sur la santé et sécurité au travail, 2024), les risques psychosociaux représentent la première cause de reconnaissance en maladie professionnelle dans le secteur tertiaire. Ce n’est pas une tendance marginale. C’est la première cause. Devant les troubles musculosquelettiques.

Le premier pas

Parle à quelqu’un qui n’est pas dans ta situation. Pas pour engager une procédure. Pour avoir un point de vue extérieur. Médecin du travail, médecin traitant, ou un proche en qui tu as confiance. Le premier pas n’est pas un dossier. C’est une conversation.

Faire le questionnaire


Le questionnaire de Reflet aide à voir si les comportements que tu décris forment un pattern systématique. Il prend 15 minutes, est anonyme, et aucune donnée n’est enregistrée.


Le questionnaire de Reflet aide à mettre des mots sur ce que tu vis au travail. Il prend 15 minutes, est anonyme, et aucune donnée n'est enregistrée.

Faire le questionnaire